Félicité Monga, survivante du massacre de Kilwa en 2004 en République démocratique du Congo et courageuse défenseure de la justice, est décédée à Lubumbashi dans la nuit du 9 juillet après une courte maladie. Elle avait 76 ans. Sa lutte tranquille et déterminée pour la justice contraste fortement avec l’inaction du gouvernement congolais qui n’a toujours pas honoré la victoire juridique durement acquise et qu’elle a contribué à obtenir.
Pendant plus de vingt ans, Félicité s’est efforcée, dans le calme et avec détermination, d’obtenir que les auteurs des atrocités commises à Kilwa répondent de leurs actes. Elle s’est exprimée avec dignité et détermination, alors même que beaucoup tentaient de faire taire la vérité. Sa force a fait écho à celle de tant d’autres survivants – déterminée, fondée sur des principes et inébranlable.
Le massacre de Kilwa a eu lieu en octobre 2004 lorsque des soldats de l’armée congolaise, avec le soutien logistique de la société minière australo-canadienne Anvil Mining, ont écrasé un petit soulèvement dans la ville de Kilwa. Dans les jours qui ont suivi, les soldats ont arrêté, torturé, violé et exécuté des civils, sous prétexte qu’ils avaient aidé les rebelles. Plus de 70 personnes ont été brutalement tuées, dont beaucoup ont été enterrées dans des fosses communes anonymes.
Parmi les victimes se trouvait le mari de Félicité, Pierre Kunda-Musopelo, qui était chef de la police de la ville. L’année suivante, sa fille Dorcas Kunda-Monga, victime de violences sexuelles lors de l’attaque, est décédée des suites du traumatisme qu’elle avait subi.
Malgré cette profonde perte personnelle, Félicité a refusé de baisser les bras. Elle est l’une des nombreuses survivantes à avoir partagé publiquement son témoignage et à avoir cherché à obtenir justice par la voie juridique. through legal channels.
Malgré cette profonde perte personnelle, Félicité a refusé de baisser les bras. Elle est l’une des nombreuses survivantes à avoir partagé publiquement son témoignage et à avoir cherché à obtenir justice par la voie juridique. En 2017, ses efforts ont permis à la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples de rendre une décision inédite. La Commission a déclaré le gouvernement congolais responsable de graves violations de la Charte africaine et a ordonné l’octroi d’une indemnisation de plus de 4,36 millions de dollars à huit victimes et à leurs familles, dont Félicité. La décision a également exigé l’identification d’autres victimes, la réinhumation dans la dignité de celles qui ont été jetées dans des fosses communes et des réparations communautaires.
Il s’agit d’un précédent historique, l’une des décisions les plus importantes de la Commission africaine en matière de réparation individuelle et communautaire. La responsabilité de la mise en œuvre de cette décision incombe entièrement au gouvernement congolais. Pourtant, malgré les appels répétés des survivants et des organisations de la société civile, l’administration du président Tshisekedi n’a pris aucune mesure concrète pour appliquer la décision. L’inaction du gouvernement fait de chaque année qui passe, et de chaque vie qui s’écoule, une blessure plus profonde pour les familles et les survivants du massacre de Kilwa, les laissant sans réparation, sans mémorial, sans justice.
« Le constat est amer car nous continuons à enterrer nos morts sans que la justice aitété faite pour les victimes de Kilwa. »
Son fils, Dickay Kunda, qui a écrit à RAID la semaine dernière, a résumé les sentiments de beaucoup : « Le constat est amer car nous continuons à enterrer nos morts sans que la justice aitété faite pour les victimes de Kilwa. »
Il est encore temps de changer de cap. La mise en œuvre de la décision de la Commission africaine ne ferait pas qu’honorer le courage de survivants comme Félicité et rétablir une certaine justice pour ceux qui vivent encore – elle enverrait également un message clair selon lequel le gouvernement congolais reconnaît sa responsabilité de faire face aux crimes passés et de prévenir les crimes futurs. À l’heure où les atrocités se multiplient dans l’est du Congo, ce message ne pourrait être plus urgent.
Nous demandons instamment au gouvernement congolais d’agir avec courage et de rendre la justice. Cela constituerait une étape essentielle pour clore un chapitre douloureux de l’histoire du Congo et pour accorder aux survivants la dignité et la reconnaissance qui leur ont été longtemps refusées.

